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Article spécialisé

03. juin 2026 | HR Campus

La planification centralisée améliore-t-elle la satisfaction des équipes des EMS et des hôpitaux plus satisfaites ?

Les EMS et les hôpitaux ne sont pas seulement confrontés à une pénurie de personnel qualifié. Ils souffrent aussi souvent d'une planification qui reste cloisonnée entre les différents services. C'est précisément pour cette raison que la gestion intégrée des capacités prend de plus en plus d'importance dans les établissements de santé suisses : elle permet de mieux coordonner les flux de patient-es, les ressources disponibles et la planification du personnel, tout en allégeant concrètement le quotidien des équipes. Dans l’article « Plus de sérénité dans le système : pourquoi la planification intégrée transforme le quotidien des établissements médico-sociaux et des hôpitaux»¹, publié dans Heime & Spitäler, nous approfondissons cette question : une planification centralisée peut-elle réellement améliorer la satisfaction des collaborateur-trics ? La réponse est oui, à condition qu'elle ne soit pas perçue comme un outil de contrôle descendant ou comme un simple projet informatique, mais comme une véritable démarche de management et de transformation organisationnelle. 

Une situation préoccupante mais qui peut évoluer

Les EMS et les hôpitaux suisses doivent composer avec une demande de soins toujours plus importante, des cas de plus en plus complexes et une pénurie persistante de personnel qualifié.
Les analyses récentes montrent que la charge de travail du personnel soignant reste élevée, alors que la proportion d'infirmier-ères diplômé-es dans les soins aigus diminue progressivement depuis plusieurs années. Les conséquences sont bien connues : qualité des soins sous pression, surcharge de travail et augmentation du turnover.
Dans le même temps, les établissements doivent planifier leurs activités avec des ressources limitées. Ils cherchent à réduire les temps d'attente, limiter les heures supplémentaires et éviter les réorganisations de dernière minute.
C'est précisément là qu'intervient la gestion intégrée des capacités (IKM). Celle-ci combine des prévisions d'activité, une planification centralisée et une coordination interdisciplinaire afin d'aligner au mieux les flux de patient-es, les ressources disponibles et les effectifs. L'objectif est double : garantir la qualité des soins tout en améliorant les conditions de travail des équipes. 2, 3

Ce que permet réellement la gestion intégrée des capacités (IKM)

L'IKM considère le personnel, les patient-es et les ressources comme un système global plutôt que comme des éléments indépendants. Au lieu d'optimiser chaque service séparément, elle coordonne les lits, les blocs opératoires, les services de diagnostic, les capacités thérapeutiques et les compétences du personnel autour d'une même logique.
Le point de départ est une prévision fiable de l'activité. Celle-ci permet d'anticiper les périodes de forte affluence et d'adapter à l'avance les occupations des lits, les programmes opératoires et les plannings des équipes. Les problèmes ne sont donc plus traités uniquement lorsqu'ils surviennent, mais identifiés suffisamment tôt pour être gérés de manière proactive.

Plusieurs établissements suisses montrent déjà la voie. L'Hôpital universitaire de Bâle, par exemple, a réuni dans une même structure la gestion des lits, le personnel temporaire, le case management et le service social afin de piloter les capacités à l'échelle de tout l'hôpital. Du point de vue académique également, la gestion intégrée des capacités est aujourd'hui considérée comme un levier majeur d'efficacité et de qualité. Elle repose sur trois piliers : des prévisions fiables, une collaboration interdisciplinaire et des objectifs clairement définis.3, 4 

Quand la planification fonctionne : les données apportent de la clarté et donnent aux équipes davantage d’assurance au quotidien.

Quand la planification devient plus fiable, le climat de travail s'améliore aussi

Lorsque les pics d'activité sont mieux répartis, les effets se font rapidement sentir sur le terrain. Les interventions de dernière minute diminuent, les heures supplémentaires sont moins nombreuses et les plannings deviennent plus prévisibles. Cette stabilité réduit directement le stress, favorise la récupération et améliore l'ambiance au sein des équipes.
Les responsables des soins identifient d'ailleurs aujourd'hui ces leviers de digitalisation et d'efficacité comme des priorités, non pas pour moderniser à tout prix, mais parce qu'ils rendent le quotidien beaucoup plus prévisible. Une meilleure visibilité permet également de mieux prendre en compte les préférences des collaborateur-trices : jours de congé souhaités, horaires, taux d'activité ou organisation des services. Résultat : une fidélisation renforcée, moins d'absences et une diminution du turnover.
Les associations professionnelles constatent depuis plusieurs années que la surcharge du système est bien réelle. Les établissements qui utilisent des prévisions fiables et une gestion proactive des capacités montrent toutefois qu'il est possible d'en réduire une partie grâce à une meilleure organisation.2, 3, 6 

De la vision à la mise en œuvre

La gestion intégrée des capacités n'est pas simplement un nouvel outil : c'est avant tout un programme de management et de transformation. Sa mise en place implique des choix stratégiques importants :

  • Quels objectifs doivent être poursuivis à l'échelle de tout l'établissement (par exemple des délais d'admission ou de séjour clairement définis) ?
  • Quels pouvoirs décisionnels accorder à l'instance chargée du pilotage des capacités par rapport aux différents services ?
  • Comment synchroniser les blocs opératoires, les unités de soins, les services de diagnostic et les équipes infirmières, au quotidien comme sur le long terme ?
  • Et surtout, comment accompagner, former et piloter le changement ?

Les formations universitaires consacrées à cette thématique insistent d'ailleurs toutes sur l'importance de la gouvernance, d'objectifs partagés et d'une conduite du changement structurée. Sans rôles clairement définis, processus standardisés et données transparentes, les bénéfices restent limités.
Or c'est précisément là que de nombreux établissements rencontrent leurs principales difficultés : des silos historiques, des méthodes de planification décentralisées et des coordinations encore largement manuelles rendent la planification réactive, complexe et chronophage.7, 10

Quatre leviers déterminent le succès

Pour que la gestion intégrée des capacités produise des effets concrets, quatre dimensions doivent fonctionner ensemble : les systèmes, les processus, l'organisation et le management.

1. Systèmes : disposer de données fiables et exploitables 

L'IKM repose avant tout sur la qualité, l'interopérabilité et l'actualité des données. Les prévisions nécessitent des informations fiables provenant des systèmes d'information hospitaliers, de la planification des blocs opératoires, de la planification du personnel et de la gestion des lits.
Lorsque les tableaux de bord affichent en temps réel les disponibilités des lits et les scénarios d'occupation, les décisions reposent sur des faits plutôt que sur des appels téléphoniques ou des fichiers Excel. Pour la planification des effectifs, connaître les disponibilités ne suffit pas. Il faut également disposer d'informations sur les compétences, les qualifications, les taux d'occupation, les préférences individuelles et les contraintes légales.
La flexibilité joue également un rôle essentiel.De nombreux modèles de planification restent basés sur des horaires fixes (matin, soir, nuit), établis plusieurs mois à l'avance. Une approche pilotée par les prévisions permet au contraire de mettre en place des modèles plus souples. Il devient par exemple possible de définir quel mélange de compétences est nécessaire selon le niveau d'activité attendu.
Les solutions modernes de Workforce Management permettent de gérer ce type de règles, de planifier des horaires flexibles en fonction des besoins, de tenir compte des qualifications et des durées minimales ou maximales des services. Les pics d'activité quotidiens sont ainsi mieux absorbés. Parallèlement, ces modèles répondent souvent davantage aux souhaits des collaborateur-trices, améliorant ainsi la qualité de la planification et la satisfaction des équipes.

2. Processus : les prévisions doivent déboucher sur des actions 

Une prévision, à elle seule, ne change rien. Elle n'a de valeur que si elle s'accompagne de processus clairement définis.

Cela implique notamment : des procédures harmonisées pour programmer ou annuler les opérations, une gestion structurée des sorties, des interfaces clairement établies entre les urgences, les unités de soins, les blocs opératoires et les services de diagnostic, ainsi que des mécanismes d'escalade clairement définis. Ce sont ces standards qui permettent de transformer les prévisions en décisions concrètes.

3. Organisation : rapprocher les besoins et les capacités 

Les centres de pilotage des capacités coordonnent les ressources au-delà des frontières des différents services. Deux dimensions doivent être gérées simultanément : les besoins (admissions programmées, interventions électives, etc.) ; les capacités disponibles (personnel, compétences, horaires). L'essentiel est d'adopter une vision globale de l'établissement. Une optimisation locale peut sembler efficace, tout en créant de nouvelles difficultés ailleurs. La gestion intégrée des capacités nécessite donc des processus transversaux, des interfaces clairement définies et une volonté commune de planifier dans l'intérêt de l'ensemble de l'organisation.

4. Direction : la centralisation repose sur la confiance 

Les décisions relatives aux capacités deviennent une responsabilité de l'ensemble de l'établissement et ne relèvent plus uniquement de chaque service. Cette évolution modifie les rôles existants. Les responsables locaux et les planificateur-trices perdent parfois une partie de leur autonomie, certaines décisions étant transférées vers une cellule centrale. Il s'agit donc d'un changement sensible. C'est pourquoi une véritable démarche de conduite du changement est indispensable. Les responsables concernés doivent être impliqués dès le départ car leur expérience reste un facteur clé de réussite. La centralisation ne doit pas être vécue comme une perte de pouvoir, mais comme un soutien concret au quotidien.

Les décisions fondées sur des données fiables produisent de meilleurs résultats tout en laissant la possibilité d'intervenir manuellement lorsque cela est nécessaire. Le temps ainsi gagné par les responsables et les planificateur-trices peut être consacré à ce qui manque souvent le plus : les équipes, l'amélioration des processus et le management de proximité. Les établissements qui parviennent à faire fonctionner ensemble ces quatre dimensions constatent une diminution des temps morts, moins d'annulations de dernière minute, des journées mieux organisées et une réelle réduction de la charge de travail. 5, 7, 8 

Exemples concrets en Suisse

Hôpital universitaire de Bâle 

L'Hôpital universitaire de Bâle a créé une unité dédiée au pilotage des capacités. La gestion des lits, du personnel temporaire, le case management et le service social y travaillent de manière coordonnée. Cette approche offre une vision prospective des capacités disponibles à l'échelle de tout l'hôpital. Résultat : des flux de patient-es mieux coordonnés, des temps de réaction plus courts et une meilleure visibilité pour les équipes de planification et les unités de soins.5

Hôpital universitaire pédiatrique de Zurich 

Dans le cadre de la construction de son nouveau bâtiment, l'Hôpital universitaire pédiatrique de Zurich a standardisé et digitalisé ses processus. Il a notamment mis en place : une gestion unifiée des capacités entre les unités de soins et les blocs opératoires ; un tableau de bord permettant d'anticiper l'activité opératoire ; des interfaces clairement définies ; un processus robuste de gestion des sorties.
Les bénéfices constatés sont une diminution des annulations d'opérations à court terme, une meilleure utilisation des blocs opératoires et un allègement sensible des activités quotidiennes.8

Hôpital de Bülach 

Ces exemples illustrent une réalité essentielle : la technologie ne suffit pas. La gestion intégrée des capacités ne fonctionne que lorsque les outils, les processus et la culture managériale avancent ensemble. Dans le cas contraire, la planification centralisée risque d'être perçue comme une structure éloignée du terrain plutôt que comme un véritable soutien au quotidien.4, 5, 8

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Des effets mesurables : satisfaction, qualité et maîtrise des coûts

Le principe de la gestion intégrée des capacités est simple : lorsque la charge d'activité est mieux répartie, les plannings deviennent plus fiables. Des plannings plus fiables réduisent la pression sur les collaborateur-trices. Des équipes moins sollicitées travaillent dans de meilleures conditions, ce qui profite à la qualité des soins comme à l'organisation dans son ensemble.
Ces effets peuvent être mesurés. Les indicateurs nationaux permettent notamment de suivre l'évolution des effectifs, du turnover, de l'absentéisme ou encore de la formation du personnel. Ils constituent d'excellents points de comparaison avant et après la mise en place d'une telle démarche. Les associations professionnelles montrent également depuis plusieurs années que le sous-effectif chronique et la surcharge de travail ont un impact direct sur la qualité des soins et sur les résultats pour les patient-es. Lorsque la gestion intégrée des capacités permet de mieux répartir la charge de travail, de stabiliser les plannings et de donner davantage de place aux préférences des collaborateur-trices, les heures supplémentaires et les interventions de dernière minute diminuent. Cette évolution contribue généralement à réduire l'absentéisme et à renforcer la fidélisation des équipes. Les patient-es et les résident-es en bénéficient eux aussi, grâce à des processus plus fluides, moins d'annulations de dernière minute et une meilleure utilisation des ressources disponibles.2, 3, 9 

Il est toutefois essentiel de garder un équilibre. L'objectif ne doit jamais être de maximiser en permanence le taux d'occupation. Chercher à exploiter chaque capacité disponible risque au contraire de recréer une surcharge. Une bonne gestion des capacités vise donc un juste équilibre entre qualité des soins, performance économique et bien-être des collaborateur-trices.

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Où agir en priorité ?

Pour lisser la courbe d'activité, deux leviers principaux peuvent être actionnés. Le premier concerne la gestion des besoins, c'est-à-dire la planification des admissions et des interventions. Le second concerne la gestion des capacités, autrement dit la planification des effectifs. L'objectif est clair : faire en sorte que la planification des patient-es et celle du personnel reposent sur les mêmes données, prennent des décisions ensemble et soient étroitement coordonnées.

Selon les situations, ces deux leviers peuvent contribuer à répartir plus harmonieusement la charge d'activité. Par exemple, les jours d'intervention chirurgicale peuvent être adaptés à partir des prévisions afin de mieux répartir les besoins en personnel dans les jours qui suivent. En parallèle, la planification des équipes peut gagner en flexibilité. Aux côtés des horaires fixes établis plusieurs semaines à l'avance, il devient possible de prévoir des services flexibles grâce à des pools de personnel, des disponibilités de dernière minute ou des mécanismes d'incitation financière.
Pour fonctionner, cette approche nécessite toutefois des informations fibales sur les disponibilités, les qualifications et les préférences des collaborateur-trices. Elle suppose également de disposer d'outils modernes de planification des effectifs ainsi que d'un  système RH moderne capable de collecter ces données , de les exploiter intelligemment et de soutenir efficacement les processus de planification.

Mais, plus encore que les outils, c'est un changement de mentalité qui est indispensable. Les établissements doivent être prêts à privilégier une vision globale de leur fonctionnement plutôt que des optimisations locales. Il ne s'agit pas de choisir entre la gestion des besoins ou celle des capacités : les deux doivent fonctionner ensemble. Dans cette logique, une planification centralisée ne signifie pas davantage de contrôle, mais de meilleures décisions grâce à une information partagée.

Conclusion : oui, une planification centralisée peut améliorer la satisfaction des équipes

Lorsqu'elle s'inscrit dans une démarche de gestion intégrée des capacités, la planification centralisée n'est ni une fin en soi, ni une approche descendante imposée aux équipes. Elle constitue une réponse à la complexité croissante des organisations de santé. Lorsqu'elle est correctement mise en œuvre, elle associe prévisions, processus, organisation et culture managériale. En anticipant les variations d'activité, en rendant les plannings plus fiables et en tenant davantage compte des préférences des collaborateur-trices, elle améliore concrètement le quotidien des équipes. Les bénéfices sont multiples : des collaborateur-trices plus satisfait-es, une organisation plus stable, une meilleure qualité des soins et, à terme, de meilleures performances économiques. Car le turnover, l'absentéisme, les périodes d'inactivité comme la surcharge chronique figurent parmi les formes d'inefficacité les plus coûteuses.4, 5, 6

La pénurie de personnel qualifié restera une réalité. En revanche, l'impact qu'elle aura sur le quotidien dépendra aussi de la capacité des établissements à mieux coordonner les besoins, les ressources disponibles et la planification des effectifs. Une planification centralisée ne rend pas automatiquement les équipes plus satisfaites. En revanche, lorsqu'elle apporte davantage de transparence, de coordination et de prévisibilité, elle peut véritablement transformer leur quotidien.

Auteur

Portrait de  Daniel Graf

Daniel Graf

UKG pro WFM

Daniel Graf est expert en gestion du temps et en planification des effectifs et travaille chez HR Campus en tant que consultant-e en solutions UKG Pro Workforce Management. Il se passionne pour les processus et les systèmes axés sur la pratique qui soulagent efficacement les personnes dans leur quotidien professionnel.

Sources  

  1. Heime & Spitäler, « Plus de sérénité dans le système : pourquoi la planification intégrale transforme le quotidien des établissements médico-sociaux et des hôpitaux », 18 mai 2026.
  2. Observatoire suisse de la santé (Obsan), « Personnel soignant », y compris indicateurs et rapports, 2024–2025.
  3. SBK – Association professionnelle suisse des infirmières et infirmiers, « Une étude confirme la forte pression exercée sur le personnel soignant » (analyse 2010–2021), 28 novembre 2023.
  4. Blog de la ZHAW sur l’économie de la santé, « Gestion intégrale des capacités : la clé de l’efficacité hospitalière », 12 décembre 2024. 
  5. Hôpital universitaire de Bâle, « Gestion intégrale des capacités » (présentation du service), sans date. 
  6. PwC Suisse & Swiss Nurse Leaders, « Baromètre CNO 2025 : les soins en mutation – stratégies pour les cadres », 11 novembre 2025.  
  7. Clinicum (magazine spécialisé), « Gestion intégrale des capacités : anticipative et axée sur la digitalisation », mai 2024. 
  8. Vetterli Roth & Partners, étude de cas « Gestion intégrale des capacités et optimisation des processus à l’hôpital universitaire pédiatrique de Zurich », 22 mai 2025. 
  9. Medinside, « Suivi des soins – nouvelles données sur la situation des soins infirmiers », 3 mars 2025. 
  10. Université de Saint-Gall (CHC), CAS « Gestion systémique et intégrale des capacités », informations sur le programme, 2025-2026.   
  11. Tagesanzeiger, « Hôpital de Bülach : nous avons déjà dû refuser des patientes et des patients », 25 janvier 2022. 

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